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Catégorie : Lecture

Des histoires de chat noirs racontées par Paul Sébillot

Des histoires de chat noirs racontées par Paul Sébillot

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Puisque le thème d’aujourd’hui dans le challenge Halloween est le chat noir, j’ai voulu mettre à l’honneur des histoires racontées par Paul Sébillot dans le troisième tome de son ouvrage Le Folklore de la France, consacré à la faune et à la flore.

Pauvres chats, on leur faisait subir bien des horreurs à l’époque !

« En Normandie, en Eure-et-Loir, l’os frontal d’un chat complètement noir, en Haute-Bretagne, sa cervelle mangée toute chaude rendent invisible celui qui les porte. On croit dans les Vosges que la patte gauche fraîchement coupée d’un chat noir, mise sans qu’il le sache, dans la gibecière d’un chasseur l’empêche de bien viser. […] Au XVIe siècle, la peau d’un chat noir, servait à envelopper des parties d’animaux sauvages destinées à des sortilèges. »

Pourtant ils ne portent pas malheur dans toutes les régions !

« Les animaux de couleur noire sont l’objet de plusieurs croyances ; c’est au chat noir que s’attachent les plus nombreuses. Dans la Gironde et la Loire-Inférieure (Note : la Loire-Atlantique actuelle) il est considéré comme la bête du bonheur et aussi comme celle du diable, et, de même que dans le Midi, il assure la chance à l’habitation dans laquelle il se trouve ; en Béarn il préserve du sorcier, en Wallonie où la possession d’un chaton de cette couleur est d’un bon présage, on s’attire des disgrâces en donnant celui qui est né dans la maison. »

Mais quand même dans certaines…

« Ce félin a plus souvent encore une influence funeste : en Provence, il porte malheur à celui qui le rencontre à minuit ; en Lorraine sa vue, le matin, est de mauvais augure ; en Auxois, on redoute de le voir dans la maison où l’on entre, et un peu partout on lui attribue des accointances diaboliques. »

Même diaboliques, ils n’en demeurent pas moins serviables !

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Merci à Mulan qui a bien voulu prendre la pose !

« Les chats noirs sont des suppôts du démon, qui les a attachés à la personne qui a fait un pacte avec lui. Voici comment, en Basse-Bretagne, on se procure ce serviteur précieux : lorsqu’on a évoqué le diable à un carrefour où se réunissent cinq chemins, on voit accourir par celui qui en face de l’opérateur un chat noir, et d’autres animaux par les trois autres ; l’un deux, et d’ordinaire c’est le chat, appartient à celui qui a vendu son âme et le suit pour rester à son service. Quand on veut qu’il aille quérir de l’argent, il faut, avant d’aller se coucher, placer près de lui une bourse remplie d’un seul côté et lui commander d’aller faire son devoir. Dès que la chandelle est éteinte, le chat se met en campagne emportant l’argent, et l’on peut être sûr de le voir le lendemain ou l’un des jours suivants, rentrer au logis avec le double de la somme qui lui a été confiée. Mais il est nécessaire de soigner ces bêtes, de les nourrir et de les dorloter comme de petits enfants au maillot ; l’un d’eux ayant été un jour maltraité par son maître, un cultivateur des environs de Quimperlé, le diable accourut pour le venger, et Satan provoqua, en s’en allant la tempête qui, en mars 1903, causa tant de dégâts sur les côtes du Finistère. En Gascogne, un homme nourrissait de viande de boucherie deux chats noirs qui étaient ses mandagots ; ils dansaient toute la journée, n’attrapaient pas de souris, mais lui apportaient chaque soir deux louis de 24 livres ; quand il se vit opulent, il les négligea et ils l’étouffèrent pendant une nuit de Carnaval. »

« Dans le Finistère on rencontre quelquefois le chat noir, à minuit, dans un carrefour ; c’est le diable qui a pris cette forme pour garder un trésor. Pour l’avoir, il faut se vendre à lui, et passer un contrat signé avec le sang du petit doigt gauche. On lui appartient après sa mort toutefois on peut lui échapper ; ses marchés sont inscrits sur son cahier, mais il n’a un droit incontesté qu’à chaque neuvième inscription. Pour lui enlever son argent sans qu’il arrive de mal, il faut se munir d’une fourche de coudrier, de la pousse de l’année, d’une poule blanche sans aucune tache et de l’herbe d’or fera comprendre ses paroles et celles du chat noir quand il l’aura prise ; on saura où est le trésor, et on n’aura plus qu’à le déterrer avec la fourche. »

Vous avez aimé cet article ? Nous reparlerons bientôt de Paul Sébillot et de son oeuvre de manière plus approfondie !

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Ce billet a été publié dans le cadre du challenge Halloween organisé par Lou et Hilde !

Guide secret des vampires, de Jacques Sirgent

Guide secret des vampires, de Jacques Sirgent

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Présentation de l’éditeur

Mort-vivant assoiffé de sang, le vampire est connu dans le monde entier sous diverses appellations : Obayifo en Afrique, Civitateo au Mexique, Garkain en Australie… Cette créature protéiforme fascine au point d’inspirer la littérature avec notamment La Morte amoureuse de Théophile Gautier, le cinéma avec Dracula de Coppola et Les lèvres rouges de Harry Kümel… mais aussi la bande dessinée, la musique, la peinture.

De l’aspect historique aux portraits de vampires, ce guide secret offre un panorama complet sur une créature souvent effrayante et adulée du folklore fantastique. Vous saurez entre autres comment s’en protéger ou la combattre avec des armes spécifiques, vous approcherez des tueurs en série à tendance hématophage, vous partirez vers d’incroyables destinations « vampiresques » dans le monde…

Avec ce guide, découvrez l’origine de la part d’ombre des vampires et faites la lumière sur un phénomène de société.

Un voyage dans le monde vampirique

Pour qui veut entrer dans le monde des vampires, cet ouvrage est idéal. Présenté sous la forme d’un guide, on voyage vers différents lieux, différents continents, différentes formes d’art. Bien que relativement court (143 pages, table des matières comprises), cet ouvrage réussit tout de même à nous présenter d’autres vampires que les roumains bien connus. On découvre avec intérêt les vampires africains, américains et asiatiques et même les origines antiques et préhistoriques de ces mythes. L’auteur ne se cantonne pas au simple « vampire » mais s’est intéressé plus globalement au phénomène des créatures hématophages à travers le monde.

Le voyage se poursuit avec l’évocation du vampire dans les arts. Au-delà de la présentation des incontournables tels que Stoker et Polidori, on retrouve aussi des textes plus méconnus comme ceux de Balzac ou bien de Barbey d’Aurevilly. La littérature vampirique française n’est pas toujours mise en avant chez le grand public et c’est bien agréable de la voir ainsi représentée. Le cinéma est bien entendu aussi évoqué à travers bien d’autres films que les célèbres où figure Christopher Lee.

Des préjugés déconstruits

Jacques Sirgent égratigne au passage quelques croyances sur les vampires. Il met ainsi en doute la culpabilité de Gilles de Rais et d’Erzsébeth Bathory et s’interroge sur les dents pointus et les relations avec le diable. Loin d’être un simple catalogue historique, nous avons donc ici affaire à une véritable réflexion autour de la nature et de la culture vampirique.

Une belle édition

Enfin, loin d’un austère essai prompt à décourager les néophytes, le Guide secret des vampires se veut accessible et pédagogue, agrémenté d’une belle mise en page accompagnée d’illustrations. Associé à la couverture cartonnée, les éditions Ouest-France en ont fait un bien bel objet agréable à lire. Mais cette accessibilité ne rend pas l’ouvrage moins intéressant pour les gens qui s’y connaissent et auront donc plaisir à l’avoir dans leur bibliothèque.

Voilà donc une intéressante introduction au voyage dans le monde vampirique, doublée de réflexions pertinentes sur cette créature si fascinante.

challenge-halloweenCe billet participe au Challenge Halloween !

Challenge Halloween 2016

Challenge Halloween 2016

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A partir du 1er octobre, Mnemographie participe au Challenge Halloween !

C’est quoi le challenge Halloween ?

Du 1er octobre au 1er novembre, la blogosphère se réunit sur la thématique d’Halloween autour de Lou et Hilde. On partage nos lectures, nos visionnages de films, nos recettes, nos idées de décorations…

Les organisatrices ont prévu tout un programme que je vous encourage à aller consulter pour en savoir plus.

Et sur Mnemographie ça va donner quoi ?

Puisque je suis en train de préparer des dossiers dont les thématiques peuvent être apparentées avec Halloween, et que je lis beaucoup d’essais qui peuvent entrer dans ce challenge, Mnemographie était obligé de s’associer à l’événement ! Vous verrez donc de temps en temps en fin d’article le sanglant logo situé à gauche. Pour les détails, il faudra attendre le mois d’octobre !

Les aventures d’un goubelin en pays de Broe, d’Hélène Larbaigt

Les aventures d’un goubelin en pays de Broe, d’Hélène Larbaigt

goubelinPrésentation de l’éditeur

J’avais toujours entendu bien des choses sur le paradis et l’enfer. Et j’avis toujours pensé que si je venais à mourir (et que finalement Dieu existait), je visiterais certainement l’un et l’autre avant de décider où poser mes valises.

Mais la vie n’est jamais comme on l’imagine. Surtout quand elle est finie

Et jamais, non jamais, je n’aurais jamais pensé me retrouver !

Tout a commencé lorsque j’eux la stupide idée de mourir (oui je sais, hélas).

Je ne comprends pas Aymeline. Tu nous dis que tu fais un blog sur les traditions populaires et le folklore, mais tu parles d’une bande dessinée ?

Oui, ami lecteur, c’est une bande dessinée mais 1 : elle est chouette et 2 : elle évoque le sujet qui nous intéresse !

Alice Osmont, jeune décédé, se retrouve goubelin dans le pays de Broe, habitant La Maison-du-chat-qui-chacoute-et-qui-charmoie-en-se-léchant-la-queue (à prononcer d’une traite). Il nous fait découvrir cet étrange monde et les êtres qui l’habitent.

Des créatures réinventées

Le monde dépeint, à la fois glauque et loufoque, est original et complexe. On y découvre d’étranges créatures tels que les létices, les milloraines ou bien encore les blanches fées. Bien que puisant leurs origines dans le folklore, l’autrice a su les adapter, les réinventer, pour créer un univers original, cohérent, et intéressant à découvrir. Les dessins sont beaux et en totale adéquation avec l’univers. On sort du format case et bulle pour proposer de grandes illustrations commentées, à l’image de certains carnets de voyages. Voilà donc une excellente bande dessinée que je vous recommande. Car même si le goubelin ne semble pas apprécier le pays de Broe, nous irions bien y faire un tour !

Des notes érudites

Mais si j’ai tenu à parler de cette bande dessinée ici et non pas sur mon blog littéraire, c’est à cause des notes en bas de page. Celles-ci sont sensées être écrites par Ercibald Abbot, ami du narrateur, et proposent un complément d’information sur les sujets évoqués dans la trame principale de la bande dessinée. Loin d’être de simples anecdotes, ces notes semblent être la somme des recherches d’Hélène Larbaigt et intéresseront les mnemographes en herbe que nous sommes.

En voici un exemple :

Sur l’importance d’être bien chaussé au moment de sa mort
Les chaussures et les pieds qui les portent revêtent une grande importance dans notre au-delà. Outre leurs nombreuses utilisations, les expressions sur le sujet font ici légion. Un lointain héritage nordique à n’en pas douter, car les anciens Scandinaves passaient au pied de leur mort de solides chaussures censées faciliter l’accès à l’autre monde. Ces souliers portaient le nom de leur déesse des enfers : Helskor (chaussures de Hel).

L’ouvrage est donc truffé de notes dans le genre qui apportent encore plus de valeur à l’ensemble. Claires et synthétiques, elles constituent une excellente porte d’entrée à l’étude du folklore et des traditions populaires.

Je vous recommande donc doublement cette bande dessinée et je compte bien continuer à découvrir l’oeuvre d’Hélène Larbaigt !

Bonus : Le blog d’Hélène Larbaigt